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L'actualité du club : Une partie théâtralisée dans le cadre des Journées du Patrimoine

 

En juin dernier, L'Echiquier Piscénois avait été sollicité par la Ville de Pézenas
pour mettre en scène et jouer une partie théâtralisée dans le cadre du festival "Molière dans tous ses éclats".

Nous avions alors sélectionné une partie réelle disputée par Gioachino Greco et un illustre inconnu en 1620.
Nous avions écrit un texte (en alexandrins, s'il vous plait) relatant le déroulement de la partie.
Nous avions nos 32 acteurs (presque tous) en costume d'époque, nous étions prêts et...
La pluie était venue doucher notre enthousiasme :(

Qu'à cela ne tienne ! Nous avons remis ça le samedi 18 septembre
dans le cadre des Journées du Patrimoine.
Et, cette fois ci, la partie a bien eu lieu. Et quelle partie !

Merci à tous les membres du club présents, aux familles, aux amis, aux amis des amis...
qui ont permis le succès de cette manifestation.
Un remerciement spécial à Claude Mercier de la Compagnie du Jeu de Paume, qui fut un des deux récitants.

Ci-dessous, les photos prises par Patrick Peyrard, notre photographe attitré (http://www.photographe-patrick.com/).


Et voici le texte dans son intégralité, écrit par François Bressy (©, 2010) :

Salut à toi, ami, qui me prête l’oreille,
Venu de Pézenas découvrir les merveilles.
Parmi tous les grands hommes qui, un jour, comme toi,
Ont foulé de leurs pas le pays piscénois,
Il en est un, illustre, qui s’y est révélé :
C’est de Molière, bien sûr, que je te veux parler !
Tu as vu la boutique du barbier, son ami,
Le célèbre fauteuil où il trouvait répit.

Mais c’est l’inspiration, plus qu’un coup de rasoir,
Qu’il s’en venait chercher depuis ce promontoire,
Nourrissant son théâtre des moeurs de la cité.
Ce soir, la courte pièce que nous t’allons montrer
Sera d’une autre sorte : là, pas de comédie
Telles que les appréciait le prince de Conti
Mais un ballet d’acteurs précis et silencieux
Livrant un fier combat surnommé Noble Jeu.

Laisse-moi quelque instant, que je me remémore
L’action, les personnages, l’époque et le décor…
Voyageons dans le temps vers l’an seize cent vingt ;
Je t’emmène avec moi sous le ciel italien.
Michel-Ange, Cellini, L’Arioste, Monteverdi
Portent à leur apogée les arts de ce pays.
La commedia dell’arte a fait roi Arlequin,
Qui émerveillera le jeune Poquelin.

Mais il est un autre art où la fière Italie
Peut encore se targuer d’une suprématie :
La pointe de la botte a ainsi enfanté
Du meilleur joueur d’échecs qu’il se puisse trouver.
Notre héros se nomme Gioachino Greco.
Il est né en Calabre quelques 20 ans plus tôt
Et défait un par un, malgré son très jeune âge,
Tous les plus forts joueurs croisant dans les parages.

Nous voilà donc à Rome, un beau soir de printemps,
Dans quelque palazzo d’un prince de céans.
On y donne une fête ayant pour attraction
Une partie d’échecs opposant deux champions.
Les invités accourent avec empressement :
Le Calabrais va jouer et il aura les blancs.
Son adversaire du jour a certes aussi des dons
Mais la postérité n’a pas gardé son nom. (poignée de main)

Lors, le match est lancé : Greco joue son pion Roi,
L’avançant de deux cases pour partir au combat. (blancs, 1. e4)
Il faut dire qu’à ce siècle, tous choisissent ce coup
Qui s’empare du centre en libérant un Fou.
Coup pour coup lui répond son très digne adversaire
Qui, d’un coup symétrique, entend croiser le fer. (noirs, 1. … e5)
Les pions sont face à face dans la zone centrale ;
Le combat sera vif, les attaques brutales.

Développant une pièce, menaçant le pion Roi,
Le Cavalier des blancs sort alors en f3. (blancs, 2. Cf3)
Le Cavalier adverse lui répond promptement,
Se plaçant en c6 pour contrer l’assiégeant. (noirs, 2. … Cc6)
Or, si tous les Français ne jouent pas la Française,
Les Ibères l’Espagnole, les Britanniques l’Anglaise,
Greco le Calabrais a, pour sa part, fait sienne
La fameuse ouverture que l’on nomme Italienne.

C’est donc celle qu’il choisit, en sortant son Fou Roi,
Le plaçant en c4, ainsi que faire se doit, (blancs, 3. Fc4)
Et tout en menaçant le faible pion f7,
A procéder au roque ses pièces se tiennent prêtes.
Mais, courageux, les noirs relèvent le défi,
Installant en c5 leur Fou, d’un geste hardi. (noirs, 3. … Fc5)
C’est peut-être bien là, le premier de leurs torts,
Que d’espérer contrer Greco sur son point fort…

Ce dernier continue : avançant son pion c
D’une case seulement, il fait un marchepied (blancs, 4. c3)
Pour sortir le pion d dans un prochain tempo,
Selon une variante nommée Giuoco Piano.
Traduisez « jeu tranquille »… Faut-il vraiment s’y fier ?...
Les noirs postent en f6 leur second Cavalier. (noirs, 4. … Cf6)
Cette nouvelle pièce, ainsi développée,
Attaque le pion e, qui n’est pas protégé.

Mais Greco n’en n’a cure et, fidèle à son plan,
Il joue alors d4, poursuivant sur l’élan. (blancs, 5. d4)
Le centre est occupé, un Fou est menacé…
Un seul choix raisonnable pour les noirs : échanger.
Et c’est bien ce qu’ils font, prenant le pion d4, (noirs, 5. … exd4)
Que le pion e oblige à quitter le théâtre.
Vite, les blancs reprennent en d4 avec c, (blancs, 6. cxd4)
Créant un centre fort de deux pions accolés.

Attaqué, le Fou noir doit alors s’en aller.
Un échec en b4, c’est l’opportunité (noirs, 6. … Fb4+)
De le faire sans perdre un tempo trop précieux.
Deux coups, pour le parer, s’avèrent judicieux :
Interposer le Fou ou bien le Cavalier.
Et c’est pour ce dernier que les blancs vont opter. (blancs, 7. Cc3)
Mobiliser leurs pièces est d’un tel bénéfice
Qu’ils acceptent d’offrir e4 en sacrifice.

Les noirs, avec raison, ne se font pas prier,
Prenant ce pion central avec leur Cavalier. (noirs, 7. … Cxe4)
Le prochain coup des blancs justifiera ce troc,
Greco décidant là de faire le petit roque. (blancs, 8. 0-0)
Avec ce simple coup auquel il a recours,
Il abrite son Roi en libérant sa Tour.
Ainsi, le sacrifice concédé juste avant
Accroît très fortement l’activité des blancs.

Les noirs sont confrontés à un casse-tête chinois :
Prendre le Cavalier, d’accord… Mais avec quoi ?
Le Fou paraît offrir les meilleures garanties…
C’est l’option Cavalier qui est pourtant choisie. (noirs, 8. … Cxc3)
Les blancs reprennent alors l’importun du pion b, (blancs, 9. bxc3)
Lui-même, par le Fou noir, prestement avalé. (noirs, 9. … Fxc3)
« Mais que font donc les blancs ? » se dira le novice,
« Voilà déjà deux pions qu’ils donnent en sacrifice ! »

Ce n’était qu’un hors d’œuvre, vient le plat principal…
Greco sert maintenant sa Tour à son rival !
Car, en sortant sa Dame pour la mettre en b3, (blancs, 10. Db3)
Il entend agresser très violemment le Roi.
Les noirs sont bien conscients du danger qui les guette
Sur cette forte attaque visant le pion f7…
Mais, sûrs d’être assez forts pour pouvoir résister,
A dévorer la Tour, ils vont s’abandonner. (noirs, 10. … Fxa1)

Logiquement, les blancs passent alors à l’action :
Par leur Fou en f7, ils s’emparent du pion. (blancs, 11. Fxf7+)
En échec, le Roi noir ne peut prendre le Fou,
Protégé par la Dame : il doit bouger, mais où ?
Se placer en e7, c’est bien trop s’exposer :
En quelques coups seulement, il se verra mater !
Bien meilleure est f8 que le Roi noir choisit, (noirs, 11. … Rf8)
S’octroyant par là même un instant de répit.

Fou g5 offre aux blancs une solide suite. (blancs, 12. Fg5)
Attaquée, la Dame noire n’a pas de case de fuite…
A ce moment, les noirs n’ont qu’une idée en tête :
La sauver à tout prix, par Cavalier e7. (noirs, 12. … Ce7)
Aujourd’hui, nous savons que ce coup est douteux,
Car Cavalier et Dame sont écartés du jeu.
Là, sacrifier la Dame était la bonne option,
Compensée par un gain de Tour, Fou et deux pions.
Les noirs n’ont pas pensé à ce coup culotté
Et font leur prime erreur. Vont-ils s’en relever ?

Négligeant de reprendre un Fou à l’abandon,
Greco ramène alors une autre pièce au front.
Par Cavalier e5, il vise encore f7 (blancs, 13. Ce5)
Avec, évidemment, toujours le mat en tête.
Les noirs font revenir leur Fou dans le combat
Prenant le pion d4, mais leur moral est bas : (noirs, 13. … Fxd4)
En jouant Fou g6, les blancs s’offrent de fait (blancs, 14. Fg6)
Une menace de mat, et toujours en f7.

Là, un seul coup, un seul, est à même d’empêcher
La très sinistre fin semblant se dessiner.
En optant pour d5, les noirs font le bon choix, (noirs, 14. … d5)
Barrant à la Dame blanche le chemin vers leur Roi.
Mais, qu’à cela ne tienne, Greco va louvoyer :
« Tu m’as bloqué à gauche, à droite je vais passer ! »
Et postant en f3 sa Dame vivement, (blancs, 15. Df3+)
Il donne échec au Roi, aggravant ses tourments.

Une menace de mat encore, contre les noirs !
Dieu, que la case f7 est convoitée ce soir !
L’adversaire de Greco ne peut qu’interposer
Une pièce en f5, Fou ou bien Cavalier.
C’est le Fou qui s’y colle, de façon temporaire : (noirs, 15. … Ff5)
Le voilà prestement pris par son congénère. (blancs, 16. Fxf5)
Seuls deux coups acceptables s’offrent aux noirs pour jouer :
Ils optent pour celui où Fou prend Cavalier. (noirs, 16. … Fxe5)

Les blancs vont, sans pitié, créer une autre alerte,
Par un nouvel échec, dit « à la découverte ».
C’est bien leur Fou qu’ils bougent, de f5 en e6 (blancs, 17. Fe6+)
Mais l’échec est donné grâce à l’impératrice…
Danger de mat encore ! Les noirs sont presque à terre…
Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ?
En jouant Fou f6, ils espèrent surseoir (noirs, 17. … Ff6)
A la condamnation de leurs derniers espoirs.

Inflexibles, les blancs préparent l’épilogue :
Fou f6 est ainsi pris par son homologue. (blancs, 18. Fxf6)
Mal à propos, les noirs reprennent avec leur pion : (noirs, 18. … gxf6)
C’est la dernière erreur qu’ici ils commettront.
Car succombant trop vite à cette tentation,
Ils ont creusé leur tombe, en délaissant leur pion.
Roi e8 eut été un plus honnête coup,
Les mettant à l’abri de la Dame et des Fous.

Greco, bien sûr, voit tout, et il ne manque pas
Ce mat en deux facile qui lui ouvre les bras.
D’abord, il prend f6 de sa Dame agressive : (blancs, 19. Dxf6+)
Le petit pion est mort, le tour du Roi arrive…
Mis en échec, les noirs n’ont plus qu’un coup forcé :
Leur Roi, jusqu’en e8, il leur faut déplacer. (noirs, 19. … Re8)
Quant au coup qui va suivre, un parfait débutant
Pourrait bien le jouer à la place des blancs :

C’est Dame f7, bien sûr, que Greco joue en hâte. (blancs, 20. Df7 mat)
Le Roi noir n’y peut rien : il est échec et mat.
Car nul moyen pour lui de dévorer la Dame,
Ni de s’en écarter : c’est bien la fin du drame. (poignée de main)
Le vaincu, bien marri, n’aura pas tout perdu…
Il pourra méditer cette leçon reçue :
Méfie-toi des cadeaux, souvent empoisonnés ;
Ne t’accroche pas trop à ton butin gagné.

Les invités acclament le champion calabrais
Qui, de son adversaire, s’est brillamment défait. (saluts)
Mais l’hôte de céans sait gâter ses convives
Et sait les divertir de façon inventive.
Ce soir, ils pourront suivre la déambulation
Du Poulain piscénois, véritable attraction.
Moults fifres et tambours ouvriront le cortège.
Manquer un tel spectacle serait pur sacrilège…

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